TU TE SOUVIENS COMMENT C’ETAIT, AVANT?
Le monde est beau, si, si, je t’assure
L’été arrive avec deux mois de retard, ha ha.
Mais je ne vais pas commencer à râler. J’ai décidé de m’initier à la sagesse en acceptant les choses telles qu’elles sont, et aller au boulot sous le soleil c’est tout de même mieux que sous la pluie, et avoir un homme merveilleux dans ma vie c’est déjà pas si mal, et la vie est nettement plus simple quand on sait se contenter de ce qu’on a.
Après seulement un week-end de méditation et de réflexion sur moi-même, je trouve que je ne me débrouille pas si mal.
Je serais sans doute le pire coach du monde
Je devais aller dîner avec Georges, ce soir.
Et puis j’ai reçu un coup de fil de Juliette.
Copine déprimée versus chéri affamé.
Il y a deux mois, j’aurais été face à un vrai dilemme.
Mais ce soir, je n’ai pas hésité.
Et je suis allée voir Juliette.
Ça doit vouloir dire qu’on a atteint un certain équilibre dans notre couple.
Je devrais me trouver une devise
Ce qu’il y a de bien, dans le fait de fréquenter un homme plus âgé, c’est qu’il assez mûr pour ne pas faire d’histoires juste parce que tu lui as posé un lapin pour voler au secours d’une copine en détresse, et qu’il a une vie sociale assez active pour pouvoir se retourner au dernier moment dans ce genre de situations.
En bref, pour hier, Georges ne m’en veut même pas, et ça, c’est vraiment reposant.
Et si je ressens vraiment le besoin de m’engueuler avec quelqu’un, je n’ai qu’à me tourner vers ma sœur.
Je n’ai pas encore trouvé mieux pour me faire péter les plombs.
Il y a des offres qu’on ne peut pas refuser
Je me suis acheté une paire de Converse.
Et oui, j’ai cédé.
Mais il y a pire que moi: ma sœur, qui a acheté des Converse à son fils de cinq ans.
Et il était tout simplement hors de question que mon neveu soit plus hype que moi.
La crème chantilly me perdra
Je ne suis pas photogénique, et c’est un vrai malheur.
Dès que j’essaye d’avoir l’air sympa et heureux, j’ai un sourire de bonne sœur.
Et si je tente de me donner un air mystérieux, on dirait que je fais la gueule.
C’est sans doute que j’ai tellement de charme que ça ne peut pas être rendu sur une image figée.
Ça doit être ça.
Je déteste les jeux de société, mais c’est seulement parce que je suis mauvaise joueuse
Autre preuve de l’équilibre que notre couple a atteint: Georges et moi pouvons passer un moment ensemble sans avoir forcément besoin de se parler.
Certains diront peut-être que ça signifie que l’on a rien à se dire.
Moi je préfère penser que l’on est tellement à l’aise l’un avec l’autre que l’on peut savourer le silence.
Ça dépend juste de la façon dont tu vois les choses.
Mais puisque je te dis que je n’ai rien fait
Pauvres petits bouts de chou.
Il y a de nouveau plein de voitures dans les rues, plein de gens dans les couloirs du bureau, et on nous bassine avec des reportages sur les petits écoliers qui prennent ou reprennent le chemin de l’école.
Est-il besoin de rappeler qu’il y en a qui n’ont pas pris de vacances de tout l’été?
Alors très honnêtement, en ce qui me concerne, la rentrée, ça ne m’inspire qu’une chose…
Bien fait.
Des sushis et du coca light, c’est un dîner équilibré
Georges m’a proposé de l’accompagner à une soirée poker entre potes.
Sachant que ce serait riche en bières et testostérones, il s’est empressé d’ajouter que je n’étais pas du tout obligée de venir.
Tu penses sans doute que j’ai larmoyé: « Ça veut dire quoi, ça, que tu ne veux pas que je vienne? »
Et bien non. Au contraire.
J’avais justement très envie de me retrouver tranquille chez moi, à glander sur mon canapé dans un vieux t-shirt de baseball avec de grosses chaussettes aux pieds, à hésiter entre appeler une copine dont je n’ai pas de nouvelles depuis longtemps et reprendre un bouquin que je laisse pourrir à côté de mon lit depuis des mois.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, je suis une femme autonome.
C’est soit ça soit mourir
J’ai recommencé à me ronger les ongles.
Je fume près d’un paquet par jour.
Je n’ai pas fait de sport depuis au moins deux semaines.
Je me réveille à 3 heures du matin sans pouvoir fermer l’œil.
Je grignote à longueur de journée.
J’ai de l’acné d’adolescente.
C’est un comble, étant donné que mes vacances se sont résumées aux week-ends et au pont du 15 août.
Mais finalement, je n’aurais peut-être pas échappé au stress de la rentrée.
Le vent se lève
Alors que je lui proposais de manger un kebab, chose que je n’ai pas faite depuis au moins une demi éternité alors que pendant ma vie d’étudiante le kebab représentait sans doute mon principal apport énergétique, et qui m’a été inspirée par l’ouverture toute récente d’un restau grec à deux pas de notre immeuble, Georges m’a répondu, l’air dégoûté, qu’il ne mangeait pas « ce genre de trucs », parce qu’on ne peut jamais exactement savoir ce qu’il y a dedans.
Dans un kebab?
De la viande, de la sauce samouraï et des frites, je ne vois pas ce que ça a de mystérieux.
Toujours est-il que ça doit bien être la première fois depuis que je le connais que Georges me renvoie une image négative de lui-même.
A cause d’un kebab.
On défend les causes qu’on mérite.
Living life as a profession
Je sens bien qu’il y a un truc pas net.
Tout le monde dit que quand quelque chose va de travers dans un couple, le premier endroit où ça se remarque, c’est le lit.
Et vu comme ça se passe en ce moment, je suis à peu près sûre qu’une insidieuse tension s’est installée entre nous.
Je ne dis pas que ce n’est pas bien du tout entre nous, mais c’est différent.
Et pas en mieux.
Et à le voir fumer sa clope assis tout seul dans la cuisine, regardant vaguement par la fenêtre et se tripotant le menton, je suis certaine qu’il l’a senti aussi.
A moins que ce ne soit une étape normale dans un couple?
Avec le temps, il y a forcément un moment où c’est moins bien, non?
Non?
Fais ce que je dis, pas ce que je fais
Tu vas sans doute trouver que je me répète, et c’est bien possible.
Mais honnêtement, qu’est-ce qui ne va vraiment pas, chez moi?
Pourquoi suis-je incapable de recevoir avec sérénité et gratitude ce que la vie a à m’offrir, pourquoi faut-il toujours que je ressente comme une espèce d’étrange vide que j’apparente à un manque, même si je suis incapable de discerner de quoi je pourrais bien manquer?
Tu veux que je te confie un secret? Quand j’étais petite, et quoi petite, même pas tellement, tiens, je disais tout le temps qu’un jour je serai riche et célèbre. Je ne précisais pas dans quel domaine j’aurais un tel succès, et surtout, je ne faisais rien pour y parvenir, je me contentais de le dire, mais je pensais quoi, que j’allais rencontrer Luc Besson dans la rue et qu’il allait me proposer le premier rôle de sa prochaine super production, ou que le directeur d’une énorme maison de disques allait m’entendre chanter par la fenêtre ouverte de ma chambre et sonner chez ma mère pour demander à qui appartenait cette voix sibylline?
Tu sais quoi? Je ne veux pas être comme ces personnes qui, à 50, 60, 70 ans, se retournent sur leur vie et se disent que quelque chose de mieux les attendait ailleurs. Parce que si une autre vie t’attend, elle ne va certainement pas venir te chercher, c’est à toi de la poursuivre, et d’aller trouver cet ailleurs où l’herbe est censément plus verte. Si tu ne fais rien, c’est que la vie qui t’attendait est celle que tu as eue, et il n’y a pas de regret à avoir.
D’autant que je ne sais pas d’où me venait cette foutue idée de devenir riche et célèbre.
Parce que pour ça, il faut du talent.
Et je n’ai pas de talent particulier.
…
A part pour râler.
9 décembre 2008 à 9:30
Un vrai talent quand même.
Voilà. J’ai tout lu, je crois bien. Hélas ! La suite, c’est pour quand ?