J’AI UNE ETRANGE TENDANCE A VOULOIR RELEVER DES DEFIS
A a B b C c D d E e F f G g
J’ai dit que je lui ferai visiter la ville, n’est-ce pas?
Et bien si je l’ai dit, je le fais.
Je vais sonner chez lui?
Non, mauvaise idée, je n’ai pas envie de m’incruster, et puis il serait capable de m’inviter à boire l’apéro et dans ce cas, plus la peine de sortir.
J’attends de le croiser dans les couloirs?
Oh non, quand même pas, je n’en suis pas réduite à ça. Et puis je pourrais attendre jusqu’à l’année prochaine, si ça se trouve.
A moins que je le guette.
Non mais ça va pas, non?
…
J’ai trouvé: je lui laisse un mot dans sa boîte aux lettres.
D’accord, mais j’écris quoi?
« Cher voisin, (c’est bien ça, c’est neutre comme accroche)
Comme promis, je me propose (attends une seconde, je lui ai promis de lui proposer? Ben non, je lui ai déjà proposé… oh et puis merde) de vous faire visiter notre charmante ville pour que vous en découvriez les endroits «jeunes» (non mais t’es conne ou quoi? Tu veux le faire passer pour un vieux ringard?…oh et puis merde). Je vous laisse choisir le soir qui vous convient, en ce qui me concerne, je suis libre tous les soirs de la semaine prochaine(c’est ça, oui, montre lui bien que tu as une vie trépidante…oh et puis merde). Vous pouvez me joindre au 06.…, ou me laisser un petit mot! (« hihihi »…imbécile, va!…oh et puis merde) »
Non mais c’est fou ce que c’est débile, comme message, tout de même…
Il ne faudra pas que je m’étonne si je n’ai pas de réponse…
Oh et puis merde!
Il semblerait que mon ange gardien fasse grève
Eh, toi, là, le gros malin qui a cru bon de m’envoyer un de ces stupides foutus mails qu’il faut renvoyer à tout prix à tes amis, aux amis de tes amis, et aux amis des amis de tes amis sous peine d’attirer malheur, ruine et malchance sur toi et les sept générations à venir, tu croyais vraiment que j’allais marcher dans un truc aussi ridicule, inutile, stupide et énervant?
Bien sûr que non, hein, imbécile, évidemment que je me suis dépêchée de mettre ce torchon de message à la poubelle, parce que je n’emmerde pas mes amis avec des conneries, moi, sauf si c’est une vidéo d’un chien narcoleptique, et tu sais ce qui m’est arrivé depuis?
J’ai dû remplacer la batterie de ma bagnole, ma chaudière a manqué exploser, mon téléphone ne fonctionne plus, j’ai trois fois plus de boulot que prévu, Georges n’a toujours pas répondu à ma lettre et ma belle-mère vient de m’inviter à dîner!
Alors je ne sais pas ce que tu as fais au juste pour que ça me tombe dessus, mais tu as intérêt à stopper net ta magie noire parce que sinon, je te promets que je te retrouve, et je t’envoie la poisse, la scoumoune, le mauvais œil et une maladie vénérienne jusqu’à la fin de tes jours, compris?
Si je me perdais en forêt, je ne pourrais même pas cueillir de fraises
Quelle surprise dans ma boîte aux lettres: un joli petit flyer, tout bien imprimé et plié comme il faut, m’invitant à assister à une grande réunion spirituelle des Témoins de tu-sais-qui qui se retrouvent généralement dans des stades pour méditer et manger des saucisses-frites.
Rupture totale avec les souvenirs de mon enfance, donc, où les mêmes Témoins avaient il me semble pour habitude de venir par deux sonner à ta porte pour te convertir à la Vérité.
Et là, ça m’a fait un choc: ça veut dire qu’on ne pourra jamais plus faire la blague où on les compare avec des…bof, de toutes façons, tout le monde la connaît celle-là…
Je ne vois pas plus loin que le bout de mes pieds
J’ai lu un article sur les femmes violentes, un article sur la mode des femmes rondes, et vu une émission de télé sur les femmes qui quittent mari et enfants sur un coup de tête.
Et à chaque fois, je me suis sentie concernée, j’ai eu l’impression qu’on parlait de moi, de ce qui m’était arrivé ou de ce qui allait m’arriver.
Alors que, pour précision, je ne toucherais pas une mouche, je mets du 38 et je suis célibataire.
Il faut que j’arrête d’être parano.
Ou de lire la presse féminine.
Qu’est-ce que tu as à me regarder comme ça, toi?
Si un jour mon prince arrive, il a intérêt à avoir des fleurs
J’ai fait un pique-nique il n’y a pas longtemps, dans un endroit magnifique au milieu des arbres.
C’était idyllique, ressourçant, apaisant, serein.
Et tout d’un coup, miracle de communion avec la Nature: deux oiseaux, chacun sur son arbre, se répondaient l’un à l’autre, tour à tour, chacun leur tour.
Sans s’interrompre.
Quoique ça, je ne peux pas vraiment le garantir, ce n’est pas comme si je comprenais le langage des oiseaux, non plus.
OK, je te vois venir, tu vas croire que je suis une espèce de Blanche-Neige niaiseuse qui chante avec les gentils cui-cui, mais si tu avais été là, toi aussi tu aurais été sous le charme.
Ou peut-être pas.
Pas de précipitation, temps sec à prévoir
Je reviens juste de ma première sortie avec Georges.
Bon, j’avoue, j’ai demandé à Juliette de venir en renfort, ce n’est pas très courageux, mais rien ne me disait que ce n’était pas un dangereux sadique, n’est-ce pas?
Et bien non seulement ce n’est pas un sadique, mais c’est un homme drôle, intelligent, vif, intéressant, plein de réparties, bourré de charme, sensible, attentif, beau, drôle (je l’ai déjà dit?), incroyable.
Et intéressant.
Et beau.
Et drôle.
…
Ouais, bon, ce n’était pas une mauvaise soirée…
Je ne suis jamais stressée, si je me ronge les ongles c’est parce qu’ils sont trop longs
Je suis tombée sur une émission à propos d’un écrivain qui racontait qu’il vivait l’écriture de chacun de ses livres comme un accouchement.
J’ai trouvé ça bizarre, comme image.
Parce qu’il m’a semblé étonnant qu’un homme choisisse comme élément de comparaison quelque chose qu’il ne connaît pas et qu’il ne connaîtra a priori jamais.
Je ne sais pas, c’est un peu comme si je disais que mes règles sont aussi douloureuses qu’un coup de pied dans les testicules, tu ne trouves pas?
Après vous mon cher je n’en ferai rien merci
Serait-il possible que Juliette, ma fidèle et dévouée copine d’enfance Juliette qui m’a plus d’une fois tendu une main que je n’ai pas hésité à mordre soit une garce?
Non, bien sûr que non.
Il s’avère juste que Juliette est une jolie femme, tellement charmante, tellement souriante, tellement extravertie, tellement drôle, tellement chaleureuse et tellement bien foutue qu’il est difficile pour un homme de ne pas être séduit.
Je pensais juste que Georges était au-dessus de tout ça.
Mais ce matin, quand je l’ai croisé devant l’immeuble, il m’a remerciée pour la très bonne soirée qu’il avait passée et en partant, il m’a lancé:
« Ah et au fait, ta copine Juliette est une femme incroyable! J’espère que j’aurais l’occasion de la revoir bientôt! »
Pas « te revoir ».
Ou « vous revoir ».
« La revoir ».
La garce.
C’est l’heure de faire la fête
Oui, bon, je crois qu’un jour je vais jeter ma télé.
Sur une chaîne musicale, j’ai vu un de ces trucs où tu envoies ton prénom et celui de ta moitié et ça calcule vos chances d’être heureux et d’avoir une belle histoire d’amour qui dure longtemps.
Alors d’abord, ça ne calcule apparemment que le degré d’entente sexuelle. Ça s’appelle la calculette de l’amour, je crois bien, et on aurait pu penser que ça donnerait des résultats comme « vous êtes faits pour durer, il/elle changera un jour les couches de l’autre », ou encore « fuis, loin et vite, il/elle te pourrit la vie ». Mais ça ne parle que de sexe.
Et surtout, là où c’est vraiment choquant, c’est que c’est systématiquement le prénom féminin qui est mis en avant, que ce soit positif ou négatif.
Exemple: Amandine est chauuuuuuude!! Elle veut le faire tout le temps.
Ou: Marie ne se laisse pas assez aller.
Et là je m’insurge, parce que ça voudrait dire que la femme est seule responsable du bon comme du mauvais (si tant est qu’on puisse considérer que « vouloir le faire tout le temps » est vraiment bon signe), et je demande à ce qu’on revienne à une vraie égalité.
A quand, par exemple, Tristan en a une toute petite ou Mathieu est un connard ?
Je ne sais jamais quoi écrire sur mes cartes postales
D’un côté, il y a les filles qui ont toujours deux temps d’avance sur la mode, qui connaissent la dernière tendance culturelle et qui écoutent le dernier groupe de pop-rock indé qu’il faut absolument découvrir.
Et de l’autre, il y a moi.
Qui viens juste de découvrir les leggings, ne connais en musique que ce qui passe à la radio et écris encore en Comic Sans MS.
La jalousie et l’envie, c’est très vilain, mais c’est très féminin.
Cinq millilitres trois fois par jour
Oh et puis merde à la fin.
Ras le bol de jouer les choupinettes sexy.
Tu sais ce dont j’ai vraiment envie?
De ressortir mes vieilles Doc jaunes et les épingles à nourrice dans les trous de mes jeans, de ne plus me laver les cheveux pendant trois jours et de descendre dans le pub irlandais au bout de ma rue et m’enquiller des pintes et des pintes avec une horde de grands roux hirsutes.
Ça me rappellera mon séjour Erasmus.
Le seul souci, c’est que les Doc, quand même, ça tasse la silhouette.
N’oubliez pas votre monnaie
OK, OK, je sais bien que passer sa journée à voir défiler des personnes passer leur commande à bord de leur voiture n’a rien d’idéal, je sais aussi qu’il n’est pas nécessaire d’avoir le Q.I. d’un astrophysicien pour devenir équipière dans un fast-food, même si je reconnais qu’il faut une certaine multi-fonctionnalité pour être capable de parler dans un micro tout en tapant sur un écran de la main gauche et en activant la pression des boissons de la droite, mais tu crois vraiment que si je commande un menu, la seule boisson va suffire à me faire un dîner?
Non, hein?
Alors tu vas réparer tes conneries vite fait.
Et tu me mets un donut au chocolat en prime.
Non mais.
Il se fait bouffer le matelot, à la fin, ou pas?
Tu as dû le remarquer, quand la mode me plaît, je suis plutôt encline à la suivre.
Mais, quand elle touche au langage, je m’insurge.
Tu vois ce que je veux dire, quand une expression devient tellement populaire que tu l’entends de la bouche de pratiquement toutes les personnes que tu croises?
Il y a quelques temps, on avait droit au « quelque chose de chez quelque chose », qui était particulièrement couillon de chez couillon, parce qu’en plus d’être une expression débile, elle donnait irrémédiablement à celui qui l’utilisait un air d’adolescent boutonneux.
Et puis il y a eu « tirer un coup de chapeau », qui m’a particulièrement fait rire, parce que soyons clairs, soit on tire son chapeau, soit on tire un coup, on peut même éventuellement tirer son chapeau à la personne avec laquelle on vient de tirer un coup, mais tirer un coup de chapeau, définitivement, ça n’a aucun sens.
Et maintenant, c’est « juste », que tout le monde utilise pour mettre l’emphase sur le mot qui suit, et ça, c’est juste pas possible.
…
Non mais j’ai vraiment passé toute ma semaine à râler?
Mais pourquoi « nature morte »?
Si même les stars d’Hollywood se mettent à nous faire la morale, OK, OK, je veux bien:
- éteindre la lumière dès que je sors d’une pièce et éviter de l’allumer dès qu’un petit nuage se pointe
- ne pas faire couler l’eau pendant que je me brosse les dents
- avoir trois sacs poubelles différents
- manger des produits bio (exception faite du chocolat raisins-noisettes et du demi-pêche, faut pas pousser non plus)
- prendre les transports en communs et les escaliers le plus souvent possible
- faire la vaisselle avec un bac d’eau mousseuse et un autre d’eau propre plutôt que sous l’eau courante
- changer ma vieille berline polluante contre une petite citadine hybride (si je pouvais, s’entend)
- prendre des douches plutôt que des bains
- ne pas laisser mes appareils électriques en veille la nuit
- mettre un pull chez moi le soir plutôt que de monter le chauffage
- faire des lessives en cycles courts
- apporter mes piles et batteries usées dans les collecteurs prévus à cet effet
- mettre un autocollant « stop pub » sur ma boîte aux lettres
Mais bon sang, est-ce qu’on pourrait éviter le discours culpabilisateur, à la fin?
Non parce que vraiment, j’en ai marre que, chaque fois que je vide le litre et demi d’eau en trop de ma bouilloire du petit-déjeuner, j’ai l’impression d’avoir tué un bébé tigre.
Je me demande si je n’aime pas plus la BO que le film lui-même
Oh quelle charmante soirée.
Si un jour je vois un psy, je devrais peut-être lui parler de ma tendance naturelle à me rendre ridicule quand je suis mal à l’aise.
Nouvelle sortie « amicale » pour Georges, Juliette et moi.
Et à les voir jouer les tourtereaux, et je m’esclaffe dès que tu ouvres la bouche, et je te fais un petit clin d’œil discret, et je remets en place une mèche imaginaire de mes beaux cheveux soyeux, je n’étais pas très à l’aise.
Résultat, pour ma part, c’était plutôt « tu connais celle de Toto dans une église ?» et j’aurais aussi bien pu me mettre une main sous le bras et faire un bruit incongru avec mon aisselle.
Je fais aussi les mariages et les anniversaires.
Il ne faut pas confondre attitude et personnalité
J’ai fait une constatation étonnante.
A la caisse d’un supermarché. Devant moi, un énorme type, grand et gros, les cheveux sales, le visage rouge, le genre de gars dont on devine facilement qu’il ne doit pas avoir une super super hygiène de vie. Devant lui, sur le tapis: une pizza maxi format, un soda, une bouteille de whisky, du fromage râpé.
Derrière moi, un homme en veste de velours, la trentaine métro, une écharpe nouée court autour du cou, les cheveux négligemment gominés, la peau rasée et hydratée. Sur le tapis: des herbes aromatiques, de l’huile de raisin et du vinaigre balsamique, une bouteille de Saint Joseph, du riz parfumé commerce équitable, du fromage à la coupe, du chocolat noir 75% de cacao, des produits d’entretien écolos.
Et moi, au milieu, un jean informe, des Superga crades aux pieds, un t-shirt vieux de cinq ans, un foulard dans les cheveux, des pâtes fraîches, du soda light, une salade verte en sachet, des biscuits, des noix de pécan, du chocolat au lait, des tomates cerises et du jambon sous vide.
On ressemble à ses courses.
Et pour ma part, aucun style dans mes fringues, aucun style dans mon panier.
Au fond, c’était plutôt sympa d’avoir 18 ans
Et bah ça alors.
Sans que je sache pourquoi, je viens de recevoir une volée de souvenirs de ma première année de fac.
Je me revois fumant une clope dans les couloirs, allant boire un verre à la cafétéria, partageant un parapluie, rigolant des anecdotes de la vie étudiante…
…Et tout ça avec le même gars.
Mon prof de microéconomie des choix individuels me draguait.
La classe.
C’est un vrai bonheur qu’il ne fasse plus nuit à six heures
Wouh. Je sens que mon moral remonte en flèche.
Mon adorable collègue Paul m’a proposé, au détour d’un couloir, d’aller prendre un verre ensemble, un de ces quatre, après le boulot.
Comme quoi c’est dommage de ne pas apprendre à mieux se connaître, quand on s’entend si bien entre les quatre murs d’une entreprise, ça devrait aussi marcher à l’extérieur, hein, qu’est-ce que j’en dis?
J’en dis que t’as sacrément raison, mon Paulo, allons donc partager assez de tequilas pour te donner l’envie d’ôter ce vilain jean slim qui se dresse entre nous.
Oui, oui, je sais, ce n’est jamais bon de mélanger amour et travail.
Mais on ne travaille pas vraiment ensemble.
Il est deux étages plus bas.
Je n’ai jamais aimé les manèges: trois tours et ça rend fou
Au cas où mon psychisme tenterait de me faire oublier que je vis la dernière année de ma vingtaine, mon corps se charge de me le rappeler.
Hier, en me levant de la chaise devant mon bureau, sans que je m’y attende, comme un coup en traître, je me suis violemment bloqué le dos.
J’ai fini la journée à moitié courbée, grimaçant devant la moindre marche d’escalier.
Je suis sûre que c’est de la faute aux comptables que je devais aller voir quand je me suis levée.
En tout cas, je crois que le temps où je brillais sur le dancefloor est révolu.
Je hais les cyclistes
Bon.
Pas de panique.
A propos de notre petit tête-à-tête prévu pour demain soir, Paul me demande, gêné, si ça ne me dérange pas qu’il vienne avec son « amie ».
Ils ne se sont pas beaucoup vus ces derniers temps, tu comprends, et puis on s’entendra sans doute très bien…
D’abord, il a dit « amie ». Ni « petite amie », ni « fiancée », ni « chérie », ni « meuf ».
Ce n’est peut-être qu’une amie, une vraie.
Et même si ce n’est pas le cas, ils ne se sont pas beaucoup vus ces derniers temps.
Ça n’est forcément pas bon signe, n’est-ce pas?
J’ai encore toutes mes chances.
J’ai envie de me promener main dans la main avec un amoureux
C’est du grand n’importe quoi.
J’ai fait un test idiot, un truc de numérologie qui te donne ton chiffre clé, un truc qui définit ton caractère et le chemin que tu vas suivre dans la vie et Elvis est toujours vivant.
Alors déjà, mon chiffre, c’est le 5. J’aurais plutôt penché pour 2, mais bon, je ne vais pas chipoter, si on me dit 5, je prends 5.
Et le caractère qui va avec le chiffre 5, c’est « impulsive, fuyant l’ennui, avec un grand besoin de se faire aimer ».
Sauf que.
Tu m’as déjà vu m’emporter pour tout et rien?
Et je suis quand même capable de m’enfiler une saison entière d’une même série sans bouger de mon canapé (pour peu que j’ai prévu le stock suffisant de chocolat, s’entend).
Et ce n’est pas comme si j’attachais tellement d’importance à ce que les gens pensent de moi.
Donc, n’importe quoi.
N’est-ce pas?
Si j’étais riche, je serais une vraie poufiasse
Hum.
Je suis donc allée prendre un verre avec Paul et son « amie ».
Qui n’est en effet pas une camarade.
Ni une fiancée.
…
Son « amie » s’appelle François.
Et ils viennent de fêter leur premier anniversaire de PACS.
…
Avoir des copains gays, c’est trendy, non?
Holy shit, I’m a game addict
Les enfants sont adorables.
Dîner chez ma sœur.
Son fils de cinq ans venait visiblement de découvrir le mot « coco plat » et trouver qu’il sonnait bien en bouche car, tandis qu’il me les tendait un à un pour que je les équeute et les coupe, il n’arrêtait pas d’exercer le nouvel ajout dans son vocabulaire.
Ça a donné quelque chose comme:
« Oh, un coco plat. Et encore un coco plat. Ça, c’est un grand coco plat. Là, j’ai deux cocos plats. Ce coco plat là il est tout mou. Tiens un autre coco plat. Et encore un coco plat. Coco plat. Coco plat. Coco plat coco plat cocoplatcocoplatcocoplatcocoplatcocoplat. »
J’ai tendrement hésité entre « Qu’est-ce qu’il est mignon! » et « Tu vas la fermer, ta gueule, oui? »
Et c’est là que je me dis que mon instinct maternel n’est pas encore tout à fait au point.
Ce n’est pas pour tout de suite que je vais m’offrir une paire de Jimmy Choo
C’est tout de même bizarre.
Mon toujours aussi irrésistible voisin m’a proposé de le rejoindre après le boulot.
Lui et moi. En tête-à-tête.
Bon, Juliette est partie une semaine en vacances, mais quand même.
On a passé la soirée à discuter de toutes les découvertes qu’il fait depuis qu’il est arrivé ici, de son nouveau boulot et ses collègues qui sont tellement sympas, surtout sa jeune assistante avec laquelle il rigole beaucoup sans doute même qu’on s’entendrait très bien elle et moi tellement elle est marrante tu parles sale conne, il m’a écouté lui raconter mes histoires de famille, de bureau, il a failli avaler son demi de travers quand je lui ai rapporté ma mésaventure avec Paul, et bien sûr il m’a fait craquer toute la soirée surtout avec le petit sourire en coin qu’il fait dès qu’il dit une connerie l’air de rien.
J’ai donc passé une très bonne soirée.
Et pourtant.
En rentrant chez moi, j’avais un cafard plus gros que le chien de ma cousine, qui ressemble pourtant à une mini vache.
Le chien, pas ma cousine.
Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi?
Shut up you suckers
Les télé-vendeurs.
Les représentants de commerce.
Les chargés d’enquêtes pour les instituts de sondage.
Les employés des fournisseurs d’accès internet.
Les inspecteurs des impôts.
Les employés de banques.
Les fonctionnaires administratifs.
Les supérieurs hiérarchiques.
Tu te rends compte du nombre de personnes payées pour nous pourrir la vie?
L’été est définitivement ma saison préférée
Mmmm. J’adore.
J’adore me réveiller sous un soleil radieux et sentir à travers les volets qu’il fait déjà chaud.
J’adore ne mettre que dix minutes à m’habiller, et il suffit d’enfiler mes ballerines et sortir, plus la peine de passer une demi-heure à se couvrir avec bonnet + écharpe + gants + deux pulls + gilet + doudoune fermeture éclair et boutons.
J’adore me promener dans la rue le pas léger et sentir la petite brise matinale chatouiller mes chevilles nues.
Par contre, là-dedans, il y a truc qui me gêne.
Je ne sais pas si c’est dû à des années d’éducation féministe, ou au bourrage de crâne ambiant, ou à une tendance naturelle à la méfiance.
Je ne sais pas, mais je n’y peux rien.
Chaque fois que je croise des hommes dans la rue, je ne peux pas m’empêcher d’avoir l’impression qu’ils matent mon cul.
C’est prétentieux?
Il me suffit parfois de me concentrer sur un détail pour m’imaginer ailleurs.
Il faut que je remplisse ma déclaration d’impôts, que je prépare ma présentation de vendredi au boulot, que je fasse tourner quelques lessives si je ne veux pas me retrouver à court de sous-vêtements, que je remplisse mon frigo, que je pense à acheter un cadeau pour la fête des mères, que je range mes gros pulls d’hiver pour faire de la place dans les armoires à mes tenues légères, que je réponde à mes mails.
Et pourtant.
Impossible de m’y mettre.
Peu importe par quoi je commence.
C’est le problème quand on passe cinq jours à glander.
Il est très dur de se remettre à bosser.
Encore une et après j’arrête
Argh.
Dix personnes autour d’une table qui te regardent avec des yeux éteints.
Dix personnes auxquelles tu poses des questions et qui ne daignent même pas ouvrir la bouche pour te répondre.
Dix personnes qui semblent ne pas voir que tu rames comme une perdue pour que personne ne s’endorme.
Dix personnes qui, au seul moment où tu sollicites vraiment leur silence et leur attention, se mettent à piailler entre elles comme des gamins.
Je hais les réunions d’équipe.
Et j’aurais été un prof détestable.
Je vais mourir avec tout ce sucre
Georges? Georges?…
Tu veux bien m’expliquer ce que tu fais dans ma tête?
Non parce que j’arrive encore à faire semblant de rien quand je bosse (et encore), ou quand je fais du shopping (à peine), ou quand je discute avec des copines (tu parles), mais dès que je baisse la garde, bam, tu reviens, et en fanfare.
Alors tu serais gentil de lever le camp vite fait, parce que ça frise presque l’obsession, là.
Je ne sais pas, moi, tu ne voudrais pas quitter ma tête pour mon lit, par exemple, hein?
C’est moi le chef, je fais ce que je veux
Ça y est, c’est officiel!
Je vais avoir un stagiaire je vais avoir un stagiaire je vais avoir un stagiaire je vais avoir un stagiaire!
Un stagiaire rien que pour moi!
Un tout jeunot terminant à peine ses études à moi toute seule, à qui je vais pouvoir demander d’aller chercher mon café, faire mes photocopies, réserver mes billets d’avion ou une table au restaurant.
Bon, ce n’est pas exactement comme si l’organisation de mes voyages ou dîners d’affaires prenait le plus clair de mon temps, mais quand même.
Je me vois déjà entrant dans le bureau et lui lancer, sans lui adresser un regard: « Je dois être à Philadelphie le 12 ».
(on ne m’a encore jamais envoyée à Philadelphie, mais on ne sait jamais)
Je sens que je vais adorer ça!
Pas de rendez-vous avant trois semaines
Programme du week-end:
- glander
- trouver un cadeau pour maman
- glander
- appeler ma sœur
- glander
- être raisonnable et faire le ménage
- glander
- faire un bowling avec Juliette
- glander
…
Je suis sûre que je n’aurais jamais le temps de tout faire…