15 JOURS PLUS TARD…
C’EST TOUJOURS MERVEILLEUX JUSQU’À CE QUE CA SE GÂTE
Quand on a été longtemps absent, on se sent un peu perdu chez soi
Ho, eh, Tatiana, tu es une grande fille, maintenant, n’est-ce pas?
Qu’est-ce que je dis, une grande fille?
Une adulte, oui!
Tu vas avoir trente ans dans huit mois, et à cet âge, on ne peut décemment plus:
- décompter avec précision que ça fait exactement 21 jours moins 2 heures et 18 minutes que tu as un mec
- te réveiller à côté de lui avec un sourire niais et les matins où il n’est pas là, avec la fiévreuse impatience de le retrouver le soir
- avoir envie de dire à toutes les personnes que tu croises que ton mec est l’homme le plus sensationnel que tu aies jamais rencontré
- gribouiller des signes amoureux ostentatoires sur le haut de tes feuilles de brouillon
- chercher sur tes mains des traces de son parfum
- vérifier toutes les dix minutes sur ton portable qu’il ne t’a pas laissé de messages et entre chaque vérification réfléchir à ceux que tu vas lui envoyer toi-même
- n’avoir envie de passer aucune minute de ton temps libre avec une autre personne que lui, tout en acceptant volontiers d’en passer de nombreuses au téléphone avec ta meilleure amie pour parler de lui, quand il n’est pas là bien sûr
- avoir les jambes qui tressautent en attendant de sortir du bus et l’envie de courir jusqu’à son appartement pour le rejoindre le plus tôt possible
- prendre un malin plaisir à planter une paille dans son coca light pour le partager avec lui
…
Ben tiens, j’ai un mec, je vais me gêner peut-être!
Je n’aime pas les smoothies
Il fait un temps merveilleux: ciel sans nuage, soleil radieux, chaleur estivale.
Les soldes ont commencé.
J’ai trouvé un maillot de bain qui ne me fait miraculeusement pas ressembler à une contrebasse avec de la peau d’orange.
Mon boss part quinze jours en vacances.
Mon voisin adore me faire des massages.
Parfois, j’ai le sentiment que l’univers entier se plie en quatre pour me rendre la vie plus belle.
Une question de karma, sans doute.
Merde, voilà que je me prends pour Sharon Stone, maintenant.
Méthode 100 % naturelle
Mon gentil stagiaire, qui doit essayer de m’acheter d’une manière ou d’une autre j’imagine parce que ce n’est tout de même pas naturel d’être poli et gentil comme ça, m’a lancé une agréable remarque: « Tu es radieuse en ce moment! »
Mais bien sûr, petit scarabée, l’homme de mes nuits m’épanouit.
Et les sous-vêtements sexy que je reporte depuis.
(Parce qu’il faut que je te le dise, une célibataire, les premiers mois, à la rigueur, elle fait encore un effort, juste au cas où, mais au bout d’un certain temps, c’est boxer décoloré avec fil de la couture qui dépasse et soutien-gorge dépareillé. Oui oui oui)
Et le fond de teint « mine éclatante peau de pêche vous avez dix ans de moins » que je me suis offert.
Et l’effort de maquillage que je consens à faire, totale fard poudre khôl blush gloss.
Et la manucure qui va avec parce qu’il faut bien savoir peaufiner les détails.
Et les mèches « reflets de soleil d’été » sur lesquelles je ne pouvais absolument pas faire l’impasse.
Et les jupes et les robes et les escarpins qui me font de longues jambes.
…
C’est évident: c’est l’attention de mon homme qui me rend belle.
Pour une fois qu’on entend une bonne nouvelle, ça fait du bien
Si je ne me trompe pas, et sans vouloir me vanter, il me semble bien que je fais l’amour quelque chose comme huit à douze fois par semaine ces derniers temps.
Tu ne me crois pas?
Prenons la semaine dernière…
Lundi: 2 fois
Mardi: 1 fois
Mercredi: 1 fois
Jeudi: 0 fois, on n’a pas pu se voir
Vendredi: 3 fois (on s’est rattrapé)
Samedi: 1 fois
Dimanche: 1,5 fois
Héhéhé.
Je t’avais bien que j’allais me mettre au sport, cette année.
J’ai le sens des proportions d’un gamin de quatre ans
Question existentielle: dois-je dire à ma mère que je fréquente quelqu’un?
Sûr, j’ai envie de partager avec ma petite maman chérie les choses importantes et sérieuses de ma vie. Mais du coup, ça donne forcément un côté important et sérieux à ma relation avec Georges, et je ne sais pas si c’est vraiment le cas. Disons que ça officialiserait quelque chose que je ferais peut-être mieux de ne pas officialiser trop tôt.
Déjà.
Et puis surtout, je n’échapperais probablement pas à l’interrogatoire en bonne et due forme d’une mère concernée par la vie sentimentale de sa fille, à savoir d’où vient-il, qu’est-ce qu’il fait dans la vie, comment est-ce arrivé, pourquoi, comment je me sens, comment ça 46 ans, et pourquoi pas un grand-père tant que j’y suis, il n’a pas d’enfants n’est-ce pas, mais tout de même est-ce qu’il me traite bien, est-ce que c’est sérieux (on y revient), est-ce qu’elle peut espérer voir naître de cette union des petits-enfants tant attendus ou est-ce que je me contente une fois encore comme tellement trop de fois par le passé de papillonner?
Et ouais.
Aussi incroyable que cela puisse paraître.
Ma mère emploie le terme « papillonner ».
Une âme de prolétaire dans des fringues de marques
Merde, je n’ai pas la musique de circonstance.
Parce que là, il me faudrait quelque chose de très sirupeux, style années 80, avec des cordes et des cuivres et une grave voix de mâle.
Parce que je reviens d’un week-end à la mer avec Georges.
Qui a la plus incroyable et belle maison de bord de mer que je n’ai jamais vue.
Et on a aligné tous les clichés des week-ends en bord de mer.
Marche romantique sur la plage.
Dîner aux chandelles sur la plage.
Coucher de soleil et vin rosé sur la plage.
Amour et sexe sur la plage.
Tous les clichés.
Et j’ai adoré ça.
…
Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire de ma BO de Dirty Dancing ?
Je déteste me voir en maillot de bain
Oh oh.
Je crois que j’ai un peu trop versé dans le « in love with Georges style », en ce moment, non?
Je suppose qu’il faut donc prendre d’urgence une mesure auto-disciplinaire plus que nécessaire, parce qu’il faudrait voir à ne pas trop tomber dans la mièvrerie quand même.
Donc, parlons d’autre chose.
…
…
…
Il fait beau chez toi?
On ne peut pas dire qu’un film est émouvant s’il arrive à me faire pleurer, parce que je pleure vraiment devant n’importe quoi
Rock’n roll, baby.
Au boulot, dans le distributeur à boissons, on peut maintenant acheter des smoothies.
Tout le monde s’est mis à boire ça.
Ou de l’eau aromatisée sans calories, ou du thé blanc sans sucre.
Du coup, au milieu de tous ces buveurs d’eau, quand je prends un café noir avec trois sucres, j’ai l’air encore plus destroy qu’Amy Winehouse.
Ce matin un homme m’a dit: « Imagine que tu es un cristal de roche »
Je retire ce que j’ai dit, comme quoi Georges et moi ne formions pas un couple parce qu’on ne pourrait pas partager une soirée télé en mangeant chinois.
Bien sûr qu’on ne pourrait pas: Georges n’a pas la télé et il n’aime pas la bouffe chinoise.
Par contre, je fais avec lui des tas de choses que je n’aurais sans doute jamais faites de ma vie.
Il m’emmène dans des restaurants super huppés, on est invités à des réceptions pleines de gens passionnants, il me raconte ses voyages incroyables, il m’initie au théâtre, à l’opéra, à la littérature russe, et à un cinéma que je n’aurais jamais découvert sans lui.
Bon, je dois reconnaître, on aurait peut-être pu se passer de la rétrospective du cinéma allemand des années 40.
Mais grâce à lui, je deviens une femme cultivée, instruite, mondaine, élégante.
…
Hey, il ne serait pas un peu en train d’essayer de me transformer en quarantenaire?
Il est toujours bon de se rappeler pourquoi on fait certaines choses
Moi et mes idées à la con, parfois.
Hier, je suis allée à un cours d’essai de fitness.
Il faut bien que je soigne mon image de jeune copine sexy d’un vieux beau, n’est-ce pas?
Et bien ce matin, je me suis réveillée avec des courbatures tout au long du corps, des pieds à la tête, jusque dans des endroits où je ne soupçonnais même pas qu’il puisse y avoir des muscles.
Genre, au niveau du ventre.
Tu savais qu’on avait des muscles par là, toi?
Badabim bam boum
14 juillet 1998: je venais d‘avoir le permis, j‘avais enfin réussi à attraper un copain de fac autour duquel je tournais depuis de longs et nombreux mois, et l’équipe de France venait de gagner la coupe du monde de foot; il y en avait des choses à fêter.
14 juillet 2002: j’étais fraîchement diplômée, j’avais rompu avec mon petit ami de colocataire, je ne savais pas encore ce que l’avenir allait me réserver; côté festif mitigé.
14 juillet 2004: j’avais 25 ans, j’étais célibataire, je détestais mon boulot, j’avais été traînée à un affreux bal de pompiers pendant lequel, au vu de mes rencontres, le mythe du beau pompier avait été douloureusement brisé, la fête très peu pour moi merci.
14 juillet 2006: non mais je vais t’en foutre de la fête nationale…
14 juillet2008: finalement, c’est très beau, un feu d’artifice…Encore plus vu depuis l’épaule de Georges…
Sans conteste, un de mes 14 juillet préférés.
Debout les morts
Aaaaaargh.
J’ai la tête comme un compteur, les oreilles qui bourdonnent, les yeux qui pleurent et la gorge qui brûle.
40°C de fièvre, rhino+otite.
J’ai mal.
Et je consomme quelque chose comme trois à cinq mouchoirs. Par minute.
Côté franchement très négatif: alors qu’il commence vraiment à faire beau et chaud, je suis clouée au lit.
Côté hautement positif qui sauve la situation du désastre annoncé: j’ai un infirmier personnel à domicile. Et il s’appelle Georges.
Je crois que je vais faire traîner le traitement encore une petite semaine.
C’est évidemment quand je vais mieux qu’il se met à pleuvoir
Baptême du feu: j’ai passé la soirée avec Georges et ses amis.
Autour de la table, il y avait des couples mariés, des divorcés, des parents, des célibataires.
Des gens qui ont voyagé, qui ont fait des tas de choses dans leur vie, de hautes études, qui ont de l’expérience.
Et moi, au milieu, pas encore 30 ans, « et qu’est-ce que tu fais, au juste, dans la vie ?»
…
Sinon, je suis incollable sur les séries américaines.
Et en VOST, s’il vous plaît.
C’est décidé: dans six mois, je serai une bombasse
J’adore faire les marchés en été.
Les étals, les couleurs, les gens qui traînent, le temps au ralenti, les paniers remplis, le côté cliché-champêtre d’une carte postale.
Et surtout, je suis une inconditionnelle des fruits d’été.
Bananes, pastèques, melons, ananas, cerises, fraises, framboises, pêches, nectarines, abricots.
…
Et je t’assure qu’il n’y a rien de sexuel là-dedans.
Tu seras toujours mon idole
Ma copine Juliette déprime aujourd’hui.
Elle ne veut voir personne, ne veut parler à personne, elle ne répond plus au téléphone.
Ni fixe ni mobile.
Elle dit que ce n’est pas son jour.
Évidemment, je ne suis pas concernée par ces restrictions, mais je suis sa copine préférée aussi, c’est normal.
J’ai même pour mission de lui changer les idées ce soir, de la faire boire, de la ramener chez elle saine et sauve et de l’aider à se déshabiller et à se mettre au lit quand elle sera trop saoule pour le faire.
Bien sûr, qu’est-ce que je ne ferais pas pour toi?
Joyeux anniversaire!!
Je dois arrêter de m’attacher aux personnages de fictions
Vitrine d’un magasin de cravates: le bleu lui va tellement bien.
Boutique de décoration d’intérieur: tiens, il ne lui manquerait pas une lampe, justement, dans sa chambre?
Supermarché: et si je lui faisais du poulet au curry, pour changer?
…
Ça me rend vraiment débile, d’être amoureuse.
Je serai prête dans cinq minutes, promis
Les réseaux téléphoniques me jouent de drôles de tours.
J’ai reçu un message qui, au vu de son contenu, ne m’était visiblement pas destiné.
Je te laisse en juger:
« Tu é a peine parti ke tu me mank déjà; jai pacé une super week. Je veu te revoir trè vite. Je tm. »
Effectivement, ce n’était pas pour moi.
Du coup, j’ai d’abord pensé à l’effacer. Oui mais, si en ignorant cet appel de l’amour, je mettais en danger un jeune couple innocent? Qui suis-je, moi, comblée par ce merveilleux sentiment d’être aimée de l’être aimé, pour mettre en péril une histoire visiblement naissante sous prétexte que ça ne me regarde pas?
Trop gros cas de conscience.
Alors je me suis rabattue sur la réponse la plus neutre qui soit: « Mauvais numéro. Désolée. »
Je crois que Cupidon peut m’avoir à la bonne, maintenant.
Ça fait combien de temps que je ne suis pas allée en boîte?
Elle fait dix centimètres de plus que moi, et alors?
C’est beaucoup trop grand.
OK, elle est super mince et élancée.
Mais elle n’a jamais eu d’enfants, c’est facile. (comment ça, moi non plus?)
Elle a un visage magnifique.
Mais elle était surtout très maquillée.
Elle a une allure incroyable.
Et aussi dix ans de plus que moi.
…
Je viens de croiser l’ex-femme de Georges.
…
La salope.
Mon prince n’est pas mal non plus
Énorme: une fillette de huit ans vient de me faire trouver ma devise pour les six prochains mois.
Dans un centre commercial, j’ai entendu ladite fillette dire à sa plus jeune sœur, ou sa cousine mais finalement on s’en fout un peu, qui avait l’air de s’énerver pour une raison que j’ignore: « Eh, attends deux secondes, prends un BN ».
Il est fort possible que cette phrase était à prendre au sens littéral, du genre: « si tu as faim, prends donc un de ces petits biscuits chocolatés que maman a intelligemment pensé à emporter dans son sac, malgré le risque de se retrouver avec des miettes collantes plein le portefeuille ».
Mais hors contexte, comme je l’ai entendue, je l’ai prise sous un tout autre sens. Une espèce de traduction ultra libre de « Relax, take it easy ».
Exemples:
Juliette : « Il n’y a plus de café, je vais mourir »
Moi : « T’inquiètes, je vais te faire un thé relaxant, prends un BN! »
Giovanni (mon stagiaire) : « Mon Dieu, la photocopieuse est en panne, et Laurent veut absolument une copie du contrat XXX sur son bureau dans cinq minutes, je vais avoir la pire évaluation du monde!!! »
Moi : « Il y a une photocopieuse à tous les étages, tu vas bien en trouver une qui marche, prends un BN! »
Moi : « Est-ce que ce que je ressens est profond? Est-ce qu’il ressent la même chose? Est-ce que c’est durable? Est-ce que je vais droit dans le mur? »
Moi : « Il est drôle et beau et intelligent, arrête de te poser des questions, profite et prends un BN! »
Adopté.
Je devrais peut-être prendre du déca à partir de six heures du soir
Je me sens partagée entre deux mondes.
D’un côté, ma grande copine Juliette, que je fréquente depuis si longtemps qu’elle me connaît mieux que je ne me connais moi-même, mais qui semble vouloir éternellement vivre comme si elle avait vingt ans, entre beuveries, aventures insignifiantes et shopping.
De l’autre, des femmes autour de la quarantaine, que j’apprends à connaître chaque jour un peu plus, qui ont un petit bout de vie derrière elles mais encore beaucoup plus devant, qui fourmillent de projets et qui sont pleines de l’envie de les réaliser, et desquelles je me sens de plus en plus proche parce que j’ai le sentiment d’aspirer à cette stabilité qu’elles semblent avoir acquise.
Damned.
Houston, on a un problème.
Je crois que je suis en train de mûrir.
Et si je me mettais au yoga?
Bon sang, si seulement ça pouvait s’arrêter de turbiner aussi vite.
Mais je n’y peux rien, c’est plus fort que moi.
J’essaye de me calmer, mais je n’arrête pas d’y penser.
Son « petit plaisir fraîcheur ».
Je ne sais pas comment je dois le prendre.
Je la fais courte, hein, pas la peine de s’épancher là-dessus, mais au terme d’une conversation portant sur ce que l’on représentait l’un pour l’autre, Georges a dit que j’étais, entre autres, son « petit plaisir fraîcheur ».
Petit. Plaisir. Fraîcheur.
…
Quoi, comme un Mentos?
Essaye donc sur l’autre joue pour voir
Georges s’est excusé pour sa « maladresse ».
Ouais.
Comme quoi il a été un peu pris au dépourvu, qu’il n’a pas tellement l’habitude d’exprimer ses sentiments, et qu’il a sorti ça comme une boutade, une connerie, qu’il regrette sincèrement parce que c’était vraiment idiot.
Tu m’étonnes.
Ce qui m’embête là-dedans, c’est que j’avais prévu de lui faire la gueule tout le week-end, mais il m’a devancée avec ses excuses.
On ne peut même pas avoir de vraies bonnes engueulades avec ce mec.
Quelque part, c’est frustrant.
J’ai peut-être pris un léger coup de soleil, mais j’ai enfin des marques de maillot de bain
L’eau dans mes cheveux, le sable sous mes pieds, le café dans le panier à pique-nique, les étreintes de mon chéri, le dîner aux chandelles, les fous rires sur l’oreiller, le soleil radieux et le ciel bleu.
Tout paraissait plus intense, plus profond, plus beau.
Il n’y a pas à dire : les week-ends de réconciliation, ça a du bon.
Je crois que je viens de voir passer une chauve-souris
Je ne sais pas ce que j’ai en ce moment, si c’est à cause de la chaleur, ou si je suis juste un peu fatiguée, ou peut-être que j’ai vraiment la tête ailleurs.
Mais je me sens prise d’une irrésistible flemme.
Dès qu’il s’agit de faire quelque chose, j’ai l’impression que c’est quasi insurmontable, et je soupire à l’avance devant l’effort que je vais avoir à fournir, avec en prime une petite boule au fond du ventre pour que je me sente encore plus misérable.
Remarque, je ne crois pas tellement aux horoscopes, mais le mien m’a dit que j’avais « bien le droit de me reposer sur mes lauriers ».
Mais bon sang, quels lauriers?
Une chose néanmoins reste de mon côté: pour ce que je n’ai vraiment, mais vraiment pas envie de faire, il me reste toujours mon petit stagiaire.
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Oh mon Dieu.
Ça devient grave, là.
Je cherche, je cherche…
Rien du tout.
Je crois que le syndrome de flemmite a atteint un point critique: aujourd’hui, je n’ai rien à dire.
Rien sur quoi râler, pas de coup de gueule, ni de coup de cœur, pas de questions à poser, ou de souhaits à formuler.
Rien de rien de rien du tout.
Tu crois que c’est irréversible?
Est-ce que les caméras cachées font vraiment rire qui que ce soit?
C‘est peut-être un peu couillon, mais à chaque fois que je passe devant une boutique de tatouages, j’hésite à entrer.
Je sais que je ne rentrerai pas, mais tout de même, j’hésite, je me demande quel dessin je choisirais, où je le ferais, un petit truc discret et sexy, ce genre de choses.
Le petit truc discret et sexy risquant fort de devenir méconnaissable et fripé avec le temps, c’est la raison principale pour laquelle définitivement, je ne rentrerai pas.
Et aussi parce que ça doit faire mal.
Du coup, j’ai aussi pensé au piercing. Parce qu’au moins, quand tu n’en veux plus, tu l’enlèves.
Sur la langue, je ne trouve pas ça joli, et puis je n’ai pas envie de me retrouver avec un zozottement.
Nulle part ailleurs sur le visage, d’ailleurs, j’ai peur que ça enfle, et ce n’est pas très esthétique.
Le ventre? Pas de soleil, dormir sur le dos, ça fait beaucoup de contraintes, et je suis sensible du ventre, aussi.
Bon.
Il reste toujours un deuxième trou aux oreilles, ou un tatouage au henné.
Je suis trop une dingue, moi.
Je n’ai jamais la même tête quand je me regarde dans un miroir
Non mais qu’est-ce qui ne va pas chez moi?
En ce moment, j’ai tout pour être heureuse.
Bon, je n’ai peut-être pas le boulot le plus épanouissant qui soit, mais je m’entends bien avec mes collègues, et je dois bien avouer que depuis que mon petit stagiaire est arrivé, il m’a pas mal facilité la tâche. Et le côté « mentor » que je peux avoir pour lui en lui apprenant des tas de choses a ajouté une valeur non négligeable à mon travail.
Parce que oui, je lui apprends des choses.
Et de toutes façons, peu importe le boulot, parce que le soir, je rentre dans mon chouette appartement, je passe un coup de fil aux personnes que j’aime et que je ne peux pas voir aussi souvent que je le voudrais, et il est déjà temps de retrouver mon merveilleux amoureux. On dîne, le plus souvent dehors, on se fait un ciné ou un théâtre, ou bien on passe la soirée à discuter. C’est toujours intéressant ou drôle, et le plus souvent les deux à la fois. Et je m’endors dans ses bras, en sachant que ces nuits passées avec lui sont sans doute les plus belles de ma vie.
Et pourtant.
Je n’arrive pas à me sentir complètement heureuse, à avoir le cœur léger comme au début de notre relation, j’ai l’impression de ressentir un vide quelque part, comme s’il manquait quelque chose.
Je vais te dire ce qu’il y a.
Je suis une incorrigible chieuse, une éternelle insatisfaite, recherchant maladivement un « truc en plus ».
Alors que, honnêtement, tu veux me dire ce que je pourrais bien vouloir de plus?
Je crois que j’ai fait de l’auto sabotage ma spécialité
Je suis vraiment trop conne.
Je vois un bébé dans une poussette, et je ne peux pas m’empêcher de m’exclamer « oh, il est adorable ».
Et j’ai bien senti la main de Georges se crisper dans la mienne.
Et comme Georges est un homme honnête, droit et franc, qui n’aime pas laisser s’installer les tensions entre nous, il a voulu qu’on en parle.
Des bébés, des enfants, d’avoir un enfant.
Les bébés, il trouve ça mignon. Faire ce qu’il faut pour faire un enfant, pas de problème, il adore.
Mais avoir un enfant, il n’en est pas question. Il n’en a pas eu jusqu’à maintenant, et pour lui, d’après lui, il est trop tard.
Non discutable. Non négociable.
Et maintenant, je ne peux pas m’empêcher d’y réfléchir, de me demander où on va, ce que ça implique pour nous.
Je ne peux pas m’empêcher d’y réfléchir.
Moi, réfléchir.
C’est un comble.
Mais est-ce que les types de la météo savent vraiment de quoi ils parlent, dans le fond?
Tu sais quoi?
Je crois que je vais tout simplement arrêter de me prendre la tête.
Genre, me poser des questions dont je ne suis finalement même pas sûre que les réponses importent vraiment dans la gestion de ma vie actuelle, ou la façon que je peux avoir de voir certaines choses, ou tout simplement penser à ma façon de voir les choses puisque de toutes façons on voit toujours midi à sa porte et les facteurs qui nous permettent de prendre quelque décision que ce soit ne sont pas uniquement dépendants de nous mais également de tout un tas de circonstances extérieures qui réduisent notablement le contrôle que l’on peut avoir sur sa propre vie, alors vraiment je ne vois pas pourquoi je m’en ferais.
Ah, et aussi, je vais arrêter de faire des phrases interminables qui ne veulent rien dire.
On fait quoi ce soir?
Je bugge.
Après notre foutue conversation de ce week-end, il n’y a rien à faire, je retourne les mêmes idées dans ma tête, encore et encore.
En boucle.
Et pourtant, c’est stupide, parce que rien de ce que l’on a pu se dire ne change vraiment quoi que ce soit à notre relation au quotidien.
Mais, je ne saurais pas bien l’expliquer, j’ai l’impression que fondamentalement, ça a changé.
En tout cas, une chose est sûre: c’était bien plus simple quand je ne me posais pas de questions.
Il faut arrêter de parler de musique, de littérature, d’art ou de quoi que ce soit comme si c’étaient des religions
Tu sais comment ça fait, quand tu es préoccupé par quelque chose et que tu restes bloqué dessus, tu erres comme un zombie sans savoir ce que tu fais, tu agis par automatisme en oubliant ce que tu viens de faire une seconde après l’avoir fait, et tu te retrouves à boire un café imbuvable parce que tu as mis six morceaux de sucre dedans alors que tu étais sûr de ne pas l’avoir sucré du tout?
Et bien ça suffit.
J’en ai marre d’être dans le brouillard, je vais trouver des réponses aux questions que je me pose, mais étant donné que lorsque je discute avec moi-même, je veux toujours avoir le dernier mot, je vais demander leur avis à d’autres, leur demander de m’expliquer leur vision de la vie pour savoir comment ils gèreraient la mienne.
Peut-être que c’est assez bancal, comme méthode.
Mais il faut me comprendre, aussi: j’en ai marre de boire du sucre à la caféine.
Avis de personnes plus ou moins proches sur la façon dont je devrais mener ma vie sentimentale alors que j’ai largement l’âge de le faire toute seule #1
Juliette, amie quasi d’enfance, meilleure copine, 28 ans, célibataire:
« Attends, je ne suis même pas sûre d’avoir bien compris ton problème: ton mec ne veut pas d’enfant, et alors? Tu as prévu d’en faire un dans les mois à venir? Non. Tu es bien avec ce mec? Oui. Alors, encore une fois: quel est le problème? »
A faire peser dans la balance par souci d’objectivité:
Juliette peut avoir un cœur de pierre. Elle n’a même pas pleuré devant Kramer contre Kramer.
Avis de personnes plus ou moins proches sur la façon dont je devrais mener ma vie sentimentale alors que j’ai largement l’âge de le faire toute seule #2
Elizabeth, sœur chérie et complice, 32 ans, mariée, deux enfants:
« Je vais te dire une seule chose: si je n’avais pas été tout de suite sûre que je pouvais voir en Simon le possible père de mes enfants, je ne sais même pas si je me serais autorisée à tomber amoureuse de lui ».
A faire peser dans la balance par souci d’objectivité:
Quelqu’un a-t-il compris ce qu’elle a voulu dire?
Avis de personnes plus ou moins proches sur la façon dont je devrais mener ma vie sentimentale alors que j’ai largement l’âge de le faire toute seule #3
Giovanni, gentil stagiaire préoccupé par les amours de sa supérieure hiérarchique particulièrement devant la machine à café, 23 ans, fiancé:
« Je ne sais pas quoi te dire. Moi, j’ai toujours su que je voulais me marier et fonder une famille. Et dès que j’ai rencontré Sandrine, j’ai su que ce serait avec elle. Je t’assure. Sans rire. C’était elle. »
A faire peser dans la balance par souci d’objectivité:
Giovanni est fiancé depuis deux ans avec la fille qu’il a rencontrée quand il en avait 18 et il joue au tennis avec son futur beau-père tous les 15 jours. Avis rejeté pour non-conformité à la vie réelle.
C’est fou comme le temps passe vite
Bon, allez, ça suffit, maintenant.
J’arrête de demander leur avis à des personnes qui ne savent même pas de quoi elles parlent. Ou si peu.
Et puis j’ai vraiment l’âge de réfléchir toute seule aux décisions que je dois prendre.
Et enfin, s’il faut vraiment insister, j’ai toujours été très nulle pour faire des études de marché.
…
Et je ne sais plus à qui demander.
Il n’y a pas à dire, ça me manque de ne plus pouvoir fumer dans les bars
Note à moi-même pour le futur: éviter de trop s’épancher sur sa vie personnelle avec les collègues de bureau.
Parce que la machine à café est un lieu d’échanges un peu trop efficace à mon goût, en même temps qu’un endroit magique où les gens se sentent soudainement tellement proches de toi qu’ils se permettent de te poser des questions très intimes du genre « Ça va mieux avec ton copain? »
Est-ce que j’ai jamais dit que « ça n’allait pas avec mon copain », merde?
Résilience…quel joli mot
Ça ne s’est pas passé.
Ça n’a pas pu se passer vraiment.
Est-ce qu’il est possible de refouler des souvenirs à peine enregistrés?
Parce que là, j’ai trop de sensations bizarres, je suis paumée entre la stupeur, l’incompréhension, la déception, l’écoeurement, l’impuissance, la frustration, trop de sentiments négatifs, trop d’images glauques, j’aimerais vraiment pouvoir faire comme si rien de tout ça n’était arrivé.
Romain est venu me voir, Romain mon ex petit ami dont j’ai été très amoureuse et avec lequel ça n’a pas marché ben tout simplement parce qu’on n’était pas fait pour ça, on était trop différent, c’était trop extraordinaire un jour et catastrophique le lendemain, Romain mon ex petit ami qui s’est marié et dont la femme attend un enfant, Romain est là à me dire que justement sa femme et lui traversent une crise, qu’il ne la reconnaît plus et pas à cause du gros ventre, qu’il la sent distante et inaccessible, qu’il se demande ce que ce bébé va finalement vraiment changer dans leur relation, Romain que j’ai aimé et qui me disait être heureux me raconte ses doutes devant la paternité, et je l’écoute, j’essaye de le comprendre, ce garçon paumé et touchant, je le regarde et tout d’un coup j’ai une impression étrange, je me dis que je dois être en train de me tromper et pourtant non, ça a l’air clair, tout dans ses gestes, son regard, sa voix, tout Romain me fait des avances, et quand je l’écoute il a changé de discours, il ne me parle plus de bébé, il ne me parle plus de sa femme, il parle de moi, de nous, et comme quoi finalement on ne s’est jamais vraiment dit au revoir et que c’était bien nous deux et que pourquoi pas, une dernière fois, histoire de tirer définitivement un trait sur notre jeunesse et le passé, et je voudrais lui dire d’aller retrouver sa femme, d’arrêter d’être lâche et d’aller la retrouver et lui dire qu’il l’aime et d’affronter avec elle la venue de cet enfant parce que c’est à deux qu’ils l’ont fait et que maintenant il fasse ce qu’il a à faire, qu’il se comporte comme un homme et qu’il arrête de me parler de nous, ou du passé, parce que c’est fini, il va être père, et moi j’ai Georges, j’aime Georges, et je ne sais pas comment lui dire tout ça, je ne sais pas comment lui dire d’aller se faire foutre, je ne sais pas comment lui dire non, je ne sais pas comment lui dire.
…
Et bien quand je vois dans quel état ça met les mecs d’avoir un enfant, je suis finalement bien contente que le mien n’en veuille pas.
9 décembre 2008 à 9:24
Vraiment bien ! Quoi ? je l’ai déjà dit ?